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4 ans déjà ! Quel bilan ?

Le mois de septembre a toujours été mon mois préféré (je le répète à qui veut l’entendre). À part mes quelques incursions dans le secteur privé, ma vie a toujours été rythmée par les années scolaires ou académiques (en tant qu'élève, puis étudiante, puis professeure, coach, et maintenant, consultante en éducation) et j’ai toujours adoré la période de la rentrée. Il fait encore beau. On remet les compteurs à zéro et tout est à nouveau possible (après, c'est moins drôle!).

La rentrée est un bon moment pour faire le point et définir les actions qui émailleront l’année. Pour cette rentrée 2019-2020, j'ai envie de faire le bilan des quatre dernières années passées en République Démocratique du Congo à la coordination du Projet d’Éducation pour la Qualité et la Pertinence des Enseignements aux niveaux Secondaire et Universitaire, PEQPESU en sigle (www.peqpesu.com), pour le Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique. Je voudrais vous les raconter comme je les ai vécues.

Commençons par les objectifs du projet. La mission qui m'a été confiée d’améliorer l’enseignement et l’apprentissage des sciences et des mathématiques au secondaire. Pour ce faire, nous modernisons les programmes éducatifs en proposant une autre pédagogie et en revisitant les savoirs essentiels ; nous réhabilitons et équipons dans 28 écoles secondaires des laboratoires modèles qui doivent servir à la formation des futurs enseignants ; et nous accompagnons le secteur pour définir le nouveau cadre stratégique de l’enseignement secondaire. Quand je dis « nous », je parle de mon unité et des équipes du Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique. En effet, le projet ne vient qu’en appui au système. Ce sont les directions du Ministère que nous appelons « Directions Techniques » qui définissent, exécutent et font le suivi des activités (après qu’elles ont été approuvées par le bailleur, évidemment !). Le rôle de mon unité appelée « Unité Technique d’Appui », est d’accompagner ces Directions Techniques dans la définition, la programmation et l’exécution des activités, d’assurer au Gouvernement et au bailleur que les fonds alloués sont bien utilisés à ce à quoi ils sont prévus et de faire le rapport de l’état d’avancement du projet au regard des objectifs de développement.

À lire ceci, on pressent que cela ne doit pas être facile, n’est-ce pas ? Eh ben, comme on le dit en anglais: « you think you know, but you have no idea ! » Le système éducatif en République Démocratique du Congo (comme partout dans le monde, soit dit en passant) est un système complexe. Il est caractérisé par une multiplicité d’acteurs qui gèrent les écoles, une multiplicité de bailleurs qui maintiennent ce faisant leur influence sur le pays, une multitude d’initiatives privées qui pensent toutes bien faire, une opinion publique pour qui rien ne va dans le secteur éducatif et une administration qui a tendance à croire qu’il faut diviser pour mieux régner, que la loi du plus âgé est la meilleure, et qui n’aurait pas pris conscience que nous sommes au 21e siècle avec tout ce que cela implique ! À cela, il faut rajouter une croissance démographique qui exerce une « pression de dingue » sur le système éducatif et un manque criant d’infrastructures sous toutes les formes.

Je sais, je ne vous apprends là rien de nouveau. Je vais donc directement vous raconter comment nous évoluons dans un tel contexte.

Il n’y a évidemment pas de solutions miracles. L’éducation est un voyage (un voyage initiatique). Nous pouvons gagner des batailles, mais il est impossible de gagner la guerre, parce que le monde ne cesse de changer (et il change encore plus vite maintenant!). Chaque expérience a le mérite d’ouvrir sur un nouveau champ des possibles.

Le processus que nous avons adopté pour moderniser les programmes éducatifs est long, mais éthique. D’abord, il était important de mettre en place au sein du Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique une équipe de concepteurs des programmes (experts de l’administration, inspecteurs, enseignants du secondaire et du supérieur, préfet d’école, chercheurs et spécialiste thématique) formée avec la même pédagogie des nouveaux programmes éducatifs, apprendre en situations. Cette équipe est un des acquis du système qui peut et devrait les utiliser pour former les concepteurs des programmes éducatifs des autres domaines d’apprentissage (je rappelle que nous nous occupons que du domaine d’apprentissage des sciences - DAS).

Cette équipe de concepteurs forme l’équipe nationale pour la distinguer des équipes provinciales. Elle est accompagnée par un expert international, l’éminent Professeur Philippe Jonnaert. Avant de continuer, j’aimerais dire un mot sur ce dernier (je vous suggère par ailleurs de le chercher sur Google Scholar). Nous avons beaucoup de chance d’avoir un spécialiste de sa trempe pour accompagner notre processus de modernisation des programmes éducatifs. Il s’agit d’un spécialiste reconnu en éducation, dont la plus grande qualité est l'humilité! Sa logique est d'amener la République Démocratique du Congo a développé des programmes endogènes conformes à notre vision et à nos objectifs, qui tiennent compte de nos forces et de nos faiblesses, tout en s’alignant à ce 21e siècle. Nos programmes éducatifs ne doivent pas être parfaits, ils doivent nous ressembler. Nous (nos enseignants) devons être suffisamment à l’aise avec eux pour les adopter, les faire vivre et ainsi les faire évoluer. A mon sens, pour ce faire, les nouveaux programmes éducatifs doivent respecter la célèbre proportion 80/20, soit 80% de connus pour 20% de nouveau !

Dès que les premières maquettes des programmes éducatifs sont terminées, nous impliquons des experts provinciaux (pour une fois, heureusement, tout ne se concentre pas à Kinshasa !) indépendants du processus d’écriture. Il s’agit d’enseignants du secondaire et des Instituts Supérieurs Pédagogiques, et des inspecteurs provinciaux, qui prévalident les nouveaux programmes. Il s’agit d’une étape importante du processus. L’avis de ces experts provinciaux indépendants est capital. Ils peuvent nous faire revoir toute notre copie (ça passe ou ça casse). C’est eux qui nous donnent le go pour envoyer les nouveaux programmes en situation réelle pour la phase de mise à l’essai.

Avec ce feu vert, les nouveaux programmes éducatifs passent dans les classes concernées des écoles pilotes des provinces ciblées par le projet où ils vont vivre une année scolaire complète avec tous ses aléas. Dans notre cas, il s’agit d’écoles publiques de différentes coordinations qui organisent la section scientifique. Dans chaque école pilote, nous installons un Point Focal DAS. Il s’agit d’un enseignant de l’établissement qui va coordonner le processus de mise à l’essai avec la direction et les autres enseignants concernés, et qui rapportera toutes difficultés et réussites. Le Point Focal DAS de l’établissement rapporte à un Point Focal Provincial qui coordonne tous les points focaux des écoles pilotes de sa province. C’est le Point Focal Provincial qui fait rapport à l’équipe nationale.

La phase de mise à l’essai est évaluée par l’équipe nationale, les programmes sont amendés, un rapport de mise à l’essai est réalisé, des propositions sont formulées et un atelier de validation officielle des nouveaux programmes est organisé. Cet atelier de validation regroupe les responsables nationaux des coordinations, d’autres directions du Ministère, d’autres enseignants et responsables des Instituts Supérieurs Pédagogiques et de l’Université Pédagogique Nationale, d’autres inspecteurs, le Secrétaire Général et l’Inspecteur Général à l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique, et le Cabinet du Ministre. Si cette commission valide les nouveaux programmes, ceux-ci deviennent les programmes officiels qui seront utilisés dans toutes les écoles à partir de l’année scolaire suivante. Pour ce faire, un ou plusieurs Arrêtés Ministériels (selon les propositions adoptées) sont signés par le Ministre de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique et diffusés à toutes les provinces.

Ce processus se répète à l’identique pour tous les programmes éducatifs de la 7e année de l’Éducation de Base (1ère secondaire) à la 4e année des Humanités Scientifiques (6e secondaire). Aujourd’hui, comme le montre le tableau ci-après, nous avons généralisé les programmes du Cycle Terminal de l’Éducation de Base (CTEB) (7e et 8e années de l’Éducation de Base), les programmes de la 1ère et 2e année des Humanités Scientifiques (3e et 4e secondaire) sont actuellement à l’essai dans les écoles pilotes, les programmes des 3e et 4e des Humanités Scientifiques (5e et 6e secondaire) seront mis à l’essai durant l’année scolaire suivante 2020-2021.

Ce processus est génial, n’est-ce pas ? Mais alors, de quoi se plaint-on ? Comme on dit, « le diable se cache dans les détails ! »  Il y a des grains de sable dans la mécanique. Exemple, les équipes, qu’elles soient nationales ou provinciales, ne sont pas encore totalement à l’aise avec le numérique (rien qu’utiliser WhatsApp pour les coordonner et faciliter le partage d’information a été un sacré défi !). Il y a un terme recommandé par la Commission d'enrichissement de la langue française qui décrit bien la situation : « L’illectronisme, inhabileté numérique, illettrisme numérique, ou encore illettrisme électronique, est la difficulté, voire l'incapacité, que rencontre une personne à utiliser les appareils numériques et les outils informatiques en raison d'un manque ou d'une absence totale de connaissances à propos de leur fonctionnement. » Nous avons constaté trois types difficultés : la perception de l'utilité (après tout, leur monde a fonctionné tant bien que mal sans le numérique !), celles qui sont liées à la pratique et à la manipulation de ces nouveaux outils (c’est pour les jeunes !) et celles qui sont liées au contenu et à la vérification des informations véhiculées (si Youtube l’a dit ou que cela a été partagé via WhatsApp, c’est forcément vrai !). Soupir…

Le deuxième grain de sable qui mine les efforts est la question du budget. Les projets financés par les Partenaires Techniques et Financiers ne viennent qu’en appui au système. Même s’ils mettaient à notre disposition tout le budget qu’il faudrait, le système ne devrait pas l’accepter. La République Démocratique du Congo perdrait sa Souveraineté. Les écoles, les bureaux gestionnaires, l’inspection, les provinces éducationnelles, les services administratifs ont besoin des frais de fonctionnement du Gouvernement pour leur permettre de faire le travail qui leur est demandé. Ceci dit, cela ne fera pas de mal à tout ce petit monde de remettre en question leurs processus et habitudes. L’argent est nécessaire, mais il y a des choses qui peuvent être faites avec moins de ressources si on les rationalise, si l’on sait mobiliser notre intelligence collective et si l’on utilise le numérique !

Il y a encore tellement de choses à partager, mais je vais m’arrêter là. J’aime mon travail et j’apprécie toutes les personnes avec qui je collabore. Elles m’apprennent aussi l’humilité et me poussent à me dépasser. De plus, les évaluations que nous avons menées jusqu’ici nous montrent que les enseignants, les élèves dans les classes et les parents apprécient la nouvelle approche pédagogique des programmes. Ces derniers vivent dans les classes, les enseignants en discutent et font des propositions. C’est très bien. Le « programme parfait » est celui que l’enseignant s’est approprié et qu’il fait évoluer.

Le problème qui continue de me préoccuper est de savoir si nous préparons bien nos enfants en République Démocratique du Congo aux enjeux du 21e siècle. Sauront-ils vivre, travailler et coopérer dans un monde dominé par les machines ? To be continued

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